Marien alias Alain BARSE.
Arrivé chez les Brayauds à l’amorce des années 80, il aura été de toutes les aventures du demi-siècle qu’aura bientôt notre association. Un engagement fort et constant. Un dévouement qui ne peut se réduire à la seule qualité de bénévole. Son attachement à l’association et au mouvement des Musiques et des Danses Traditionnelles dépasse et englobe celle de bénévole pour atteindre le statut de militant. Il aura été chez nous coordinateur de chantier, référent collecte en Combrailles, musicien, danseur, acteur, administrateur…
Il venait pour danser et s’amuser, se changer les idées, passer un bon moment. Cet instant éphémère bouleversera sa vie entière. C’était lors d’un bal, dans l’ancienne salle des fêtes de Riom, au-dessus du marché couvert, en octobre 1981. Nous venions d’acheter LE GAMOUNET. Des maisons de vignerons dites chez « QUAT’ SOUS », et des granges en ruine, en voie de colonisation par quelques arbres. Nous avions besoin de fonds et organisions chaque année, en octobre, un très grand bal trad. Marien descendait de ses COMBRAILLES. Il s’amusa tant et si bien qu’il nous apostropha, en fin de bal, pour nous indiquer que, dans son grenier, il avait des tuyaux qui ressemblaient étrangement à ceux de nos cornemuses. C’était en effet un carton contenant les éléments d’une cornemuse Béchonnet dont jouait son arrière-grand-oncle Michel PEROL dit « MITCHAU LA TSABRE » de SAINT-PRIEST-LES-CHAMPS. Ce fut un déclic pour Marien. Désormais il voulait jouer de la cornemuse comme son ancêtre. Il fréquenta régulièrement et assidument l’association. Se formant à la danse. Participant aux travaux des bénévoles. S’associant aux projets de spectacle d’où il tira ce surnom de Marien qu’il garda ensuite comme nom d’artiste.
Nous le sollicitions rapidement pour être notre base en COMBRAILLES, aux Moines, au-dessus de SAINT-GERVAIS-D’AUVERGNE, où il habitait encore avec ses parents, afin de collecter plus facilement et efficacement. Nous lui demandions d’être notre relais pour préparer et organiser les nombreuses collectes que nous avons faites sur le terrain des COMBRAILLES et il s’enthousiasma immédiatement à cette perspective. Il travaillait alors aux aciéries des ANCIZES-COMPS, en 3 fois 8 heures, et disposait donc de quelques moments journaliers pour s’associer à nous qui passions nos vacances d’enseignants à cela. Cartes d’état-major, cassettes, magnétophones, appareils photo, piles, pellicules… mais aussi gâteaux, bouteilles jonchaient nos véhicules. Nous partions en cueillette chinant photos et récits, rencontrant témoins ou acteurs des Musiques et des Danses Traditionnelles. Nous sillonnions les COMBRAILLES de PIONSAT à MONTCEL, d’AYAT-SUR-SIOULE à VILLOSANGES, de SAINT-GEORGES-DE-MONS à PRONDINES. Nous rencontrions des musiciens ou chanteurs comme Jean DEBOUDARD, Emile MANSART, Marie CLAIRET, Elie PANOULLIERE, René AUPETIT, Raymond SOULFOUR, Lucien VOYER, René CLUZEL, Guy BOURDIER, Georges CHANUDET… des danseurs comme René JOUHET, Pierre PRUGNARD, Maurice GIRAUD, Monsieur et Madame COURTADON… et tant d’autres encore. Un trésor immense, mémoire et traces des pratiques culturelles et artistiques de ce territoire, amassé sur une petite quinzaine d’années et que les générations nouvelles des Brayauds exploitent encore. Des ressources qui doivent beaucoup à Marien. Un rayonnement des Brayauds qui est redevable à ce travail de l’ombre. Ces collectages transformèrent profondément Marien. Sa relation avec Milounet alias Emile MANSART, dernier joueur de musette BECHONNET encore vivant dans le val de Sioule, prit une dimension spirituelle. Ainsi Milounet entra-t-il au Panthéon des hommes héros dans l’imaginaire fécond de Marien.
Parallèlement, Marien se formait à la cornemuse en pratiquant la cabrette avant la grande bascule dans le monde bourdonnant des musettes Béchonnet. Il fut si obstiné qu’il acheta la musette BECHONNET de Bernard BLANC, avec un magnifique décor en dents de loup. Ainsi naissait une longue relation, fusionnelle, mystique avec l’instrument et la musique. Marien participait à l’enregistrement de quelques plages de l’album Couleurs en 1986, puis de l’album Eau Forte en 1989. La même année, en duo avec Ivan KARVAIX, il obtint le 1° prix au Festival International de Maîtres Sonneurs de SAINT CHARTIER avec les félicitations du jury. En 1991, il était cheville ouvrière du groupe Basse Combraille et enregistrait l’album Jusqu’au Petit Matin. En 1993, il participait à l’album de l’AMTA Cornemuses 93. En 2004, avec le groupe les 3 zens, il participait au double album du Conseil Général consacré à Jean-Baptiste Bouillet. En 2008, il collaborait au CD Solo Cinq planètes Ivan KARVAIX Cornemuse Béchonnet. En 2013, avec le groupe Air Bag, il enregistrait l’Album Polyphonie Pour Cornemuses. Ses plus précieux compères furent « Fréfrot » alias Frédéric BONNEFOY à l’accordéon diatonique, Christian ROBERT et Ivan KARVAIX aux cornemuses.
Mais la passion de la musette BECHONNET finit par cannibaliser toute la vie de Marien. Il quitta l’usine et fût d’abord en emploi chez les Brayauds pour conduire des travaux, pour valoriser les collectes, pour entretenir les bâtiments avant de rejoindre l’équipe de l’AMTA, l’Agence des Musiques des Territoires d’Auvergne, et de gérer la Coopérative PHONOLITHE dédiée à la promotion, l’aide, le soutien et la diffusion des Musiques Traditionnelles du Massif Central.
Son parcours riche et diversifié est une allégorie de notre idéal d’éducation populaire. Une trajectoire improbable mue par l’énergie de la musique et de la danse qui permet de se dépasser et de se construire un destin singulier.
Singulier, tu l’étais Marien. Nous te devons tant et t’avons donné si peu. Ton rire, ton énergie et tes superpositions chants et musiques de cornemuse nous manquent déjà.
Erich 22/05/2026





